La poésie

 

 

Qu’est-ce que la poésie ?

La poésie est une combinaison de mots envoûtante. C’est pour certain un don céleste, une façon de sublimer la vie, de rendre les choses plus belles. Selon Théophile Gautier, la poésie allie « des mots rayonnants, des mots de lumière, avec un rythme et une musique ». Elle ne peut pas forcément se comprendre mais doit se ressentir. Elle est éternelle et multiple et n’a jamais fini de s’inventer.

 

RESSENTIR LA POÉSIE ;                                                                                                 Le langage poétique n’est pas seulement là pour faire passer un message mais également pour faire ressentir au lecteur quelque chose de l’ordre de l’invisible, du sensible Écrire devient une libération des émotions. Le poète fait appel au sensoriel (à la vision, au toucher, à l’ouïe, au goût, à l’odorat).

 

LES MOTS COMME OUTILS                                                                                                       La poésie est un subtil mélange entre des rythmes, des sons et des images. Avec ces outils que sont les mots, le poète cherche à donner un souffle nouveau au langage.

 

THÈMES POÉTIQUES      

La poésie a également des thèmes de prédilection, ceux qui font appel aux sentiments Ainsi l’amour, la souffrance, la contemplation — au sens religieux ou amoureux — la mort, la nature, etc. reviennent sans cesse hanter les poètes.

 

LIRE LA POÉSIE

Dans la poésie, on ne peut différencier le sens de la forme. On n’a pas d’autre plaisir que celui du texte. Il faut donc se laisser porter par la poésie, la lire et faire place aux mots, aux rythmes, aux figures, etc.

 

 

 

 

La poésie en rythme

Le rythme d’un poème est très important. Il est scandé, comme dans la musique, par des temps et des accents. La mesure d’un poème est également marquée par le rythme des vers, de la strophe et des rimes.

les Djinns de Victor Hugo (extrait)

Tout dort
Naît un bruit
C'est le galop
Qui tourne et qui roule
Déjà s'éteint ma lampe
L'air est plein d'un bruit de chaînes
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
Le mur fléchit sous le noir bataillon

dissyllabe (2 syllabes)
trisyllabe (3 syllabes)
tétrasyllabe (4 syllabes)
pentasyllabe (5 syllabes)
hexasyllabe (6 syllabes)
heptasyllabe (7 syllabes)
octosyllabe (8 syllabes)
décasyllabe (10 syllabes)

 

LE VERS

Il existe de nombreux types de vers que l’on regroupe selon le nombre de syllabes qu’ils comportent, le plus connu étant l’alexandrin (12 syllabes).

les différents vers

Nombre de syllabes

 

Vers

12 

 

alexandrin

10

 

décasyllabe

8

 

octosyllabe

7

 

heptasyllabe

6

 

hexasyllabe

5

 

pentasyllabe

4

 

tétrasyllabe

3

 

trisyllabe

2

 

dissyllabe

1

 

monosyllabe

 

LA STROPHE 

Les vers sont regroupés en strophes. La strophe est l’équivalent du couplet dans une chanson :

– une strophe de trois vers est un tercet ;

– une strophe de quatre vers est un quatrain ;

– une strophe de cinq vers est un quintil.

 

LE SONNET

La poésie a été longtemps réglementée ainsi que ses strophes. Il existe de nombreuses formes fixes de poèmes comme le sonnet, le type de poème le plus classique de la poésie française. Alors que beaucoup de poètes font quelques entraves aux règles du sonnet, Paul Verlaine, avec « Mon rêve familier », écrit un sonnet exemplaire qui comprend deux quatrains aux rimes embrassées (abba) et deux tercets aux rimes plates (cc) puis croisées (dede). Le sonnet peut également se terminer par un distique — deux vers — suivi d’un quatrain.

Mon rêve familier de Paul Verlaine

 

 

a
b
b
a

a
b
b
a

c
c
d

e
d
e

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon cœur transparent
Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? - Je l'ignore.
Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore
Comme ceux des aimés que la Vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,
Et pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.

 

LA RIME 

Le rythme du poème est également marqué par ses sonorités, ses accents, ses césures (ou coupes), la longueur de ses syllabes, les répétitions des sons ou les répétitions des mots.

La disposition des rimes est particulièrement importante. Dans la poésie française, on dénombre trois types de rimes : les rimes plates, les rimes croisées (ou alternées) et les rimes embrassées.

 

       Les rimes plates sont des rimes qui se suivent :

« Ainsi en ta première et jeune nouveauté,
Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté, »
(Pierre de Ronsard).

 

– Les rimes croisées, aussi appelées alternées, sont des rimes qui s’entrecroisent sur le mode abab :

« Souvent, pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers. »
(Charles Baudelaire).

 

       Les rimes embrassées sont des rimes qui se mêlent sur le schéma abba :

« Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné plein d’usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge ! »
(Joachim Du Bellay).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La poésie à écouter

Lire un poème, c’est aussi écouter les mots, le rythme, le souffle qui s’en dégage. La poésie est en effet un subtil mélange de rythmes, d’images et de sons.

Dans certaines langues comme l’allemand, la poésie est marquée par des accentuations et des scansions qui donnent une impression musicale ; en français, ce souffle musical existe aussi, grâce notamment à des répétitions de sons, à des silences, à une structure très rythmée. Certains poètes comme Jean Tardieu construisent d’ailleurs leurs poèmes comme des partitions musicales.

 

LES RÉPÉTITIONS DE SONS

Les répétitions de sons, comme l’allitération (répétition des mêmes consonnes) et l’assonance (répétition des mêmes voyelles), permettent de donner un rythme au poème.

Elles font également ressortir un effet sonore qui accentue l’idée exprimée dans le poème.

l’allitération et l'assonance

 

 

Elle n'écoute ni les gouttes, dans leurs chutes,
Tinter d'un siècle vide au lointain le Trésor

 

Tout m'afflige et me suit et conspire à me nuire

 

 

L’anaphore est aussi une figure de style de la répétition. Elle consiste à répéter un mot plusieurs fois, ce qui permet non seulement d’accentuer l’idée du poète mais aussi de donner une certaine musicalité au poème.

l’anaphore (Aimé Césaire)

 

Ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole
Ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité
Ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel
Mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre

 

 

 

 

LA RIME

La rime, qui se situe en fin de vers, est aussi une répétition de sons. Autrefois la rime était soumise à plusieurs règles qui la rendaient plus ou moins noble.

Il existe plusieurs types de rimes :

– au Moyen Âge, la rime ne porte que sur la dernière voyelle même si la consonne qui suit est différente : mer/sel ;

– la rime pauvre porte sur le dernier son : grandit/joli ;

– la rime suffisante porte sur les deux derniers sons : rêve/achève ;

– la rime riche porte au moins sur les trois derniers sons : ardu/perdu ;

– la rime Léonine porte au moins sur deux syllabes, soit quatre sons : Puisqu’il me trouve assez belle pour m’adorer, / […]Et comme je veux me faire redorer ;

       l’holorime, plus rare, porte sur tous les sons du vers : Gal, amant de la reine, alla tour magnanime / […] Galamment de l’arène à la Tour Magne à Nîmes

 

petite histoire de la rime

 

Autrefois, la rime était soumise à différentes règles. Ainsi, deux mots reliés par une rime ne devaient pas appartenir au même champ lexical (cœur/rancœur) ou sémantique (amour/toujours). De même, les deux mots ne devaient pas être du même type grammatical (on ne faisait pas rimer deux verbes), ni comporter le même nombre de syllabes (pleur/fleur). On ne pouvait pas non plus faire rimer un singulier et un pluriel et on devait alterner les rimes féminines (se terminant par un « e » muet) et les rimes masculines (tous les autres mots).
Au Moyen Âge, dans les chansons de Geste, la rime pouvait ne porter que sur la dernière voyelle des mots, même lorsque la consonne suivante est différente : ainsi le couple mer/sel était-il une rime valable.

 

 

 

 

 

Verlaine contre la rime

 

O qui dira les torts de la Rime ?
Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne faux et creux sous la lime ?

 

 

les figures de style

 

Une figure de style, appelée aussi figure de rhétorique, est un procédé d’écriture qui permet d’exprimer les choses différemment de l’usage courant.

L’écrivain utilise les figures de style pour que le lecteur ressente davantage les émotions qu’il veut faire passer : pour cela, il détourne le sens des mots ou il leur donne un sens nouveau.

LA COMPARAISON

La comparaison est un procédé qui met en parallèle deux termes au moyen d’une marque de comparaison (comme, tel, etc.) : « La terre est bleue comme une orange » (Paul Éluard).

LA MÉTAPHORE

La métaphore est une comparaison elliptique (c’est-à-dire sans terme de comparaison). Dans ce vers d’un poème de Guillaume Apollinaire, les mains sont comme des feuilles de l’automne : « Et tes mains feuilles de l’automne ».

LA MÉTONYMIE

La métonymie désigne quelque chose qui se trouve dans un rapport voisin avec ce que le mot signifie habituellement, c’est-à-dire :

→ le tout pour la partie (ameuter la ville = tous les habitants de la ville) ;

→ le contenant pour le contenu (boire un verre = le vin qu’il y a dans le verre) ;

→ la cause pour l’effet (aimer les gravures = aimer les dessins faits avec la technique de la gravure) ;

→ le symbole pour la réalité (la colombe = la paix), etc.

La synecdoque est une métonymie qui désigne un lien d’inclusion, c’est-à-dire la partie pour le tout : « Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles » (Pierre Corneille) (les voiles = les navires).

AUTRES FIGURES DE STYLE

L’allégorie utilise sur plusieurs vers un symbole, une personnification, une image pour définir une notion abstraite :

« Pendant que des mortels la multitude vile,
Sous le fouet du Plaisir, ce bourreau sans merci,
Va cueillir des remords dans la fête servile,
Ma douleur, donne-moi la main ; viens par ici […] » (Charles Baudelaire)

L’anagramme est un mot qui se décompose en syllabes et donne naissance à d’autres mots :

« GÉNIE – naît de la neige, son nid » (Michel Leiris)

L’anaphore consiste à répéter un mot plusieurs fois. Cela permet non seulement d’accentuer l’idée du poète, mais aussi de donner une certaine musicalité au poème :

« Ceux qui n’ont inventé ni la poudre ni la boussole
Ceux qui n’ont jamais su dompter la vapeur ni l’électricité
Ceux qui n’ont exploré ni les mers ni le ciel
Mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre. » (Aimé Césaire)

L’ellipse est la suppression volontaire d’un mot grammaticalement nécessaire :

« Je nommerai désert ce château que tu fus,
Nuit cette voix, absence ton visage » (Yves Bonnefoy)

Le mot valise est un mot inventé par l’auteur et qui réunit deux mots comportant des sonorités voisines. Il exprime ainsi en un seul mot deux idées :

Proême (prose + poème) (Francis Ponge)

L’oxymore est une figure qui relie deux termes contradictoires :

« Implacable, et tombait sur cette blancheur sombre » (Victor Hugo)

Le palindrome peut se lire de gauche à droite et de droite à gauche :

« Ésope reste ici et se repose » (anonyme)

La personnification est une figure qui consiste à attribuer à quelque chose d’inanimé (la forêt dans l’exemple qui suit) des actions, des caractères ou des sentiments humains :

« Près d’une maison de soleil et de cheveux blancs une forêt se découvre des facultés de tendresse et un esprit sceptique. » (Benjamin Péret)

 

 

 

 

 

 

 

La poésie à voir

 

La poésie peut mettre l’accent sur la forme et jouer avec les mots de manière graphique.

 

« la Dive Bouteille » de François Rabelais

 

O Bouteille,
Pleine toute
De mystères,
D'une oreille
Je t'écoute :
Ne diffère,
Et le mot profère
Auquel pend mon cœur
En la tant divine liqueur,
Qui est dedans tes flancs reclose,
Bacchus, qui fut d'Inde vainqueur,
Tient toute vérité enclose.
Vin tant divin, loin de toi est forclose
Toute mensonge et toute tromperie.
En joie soit l'aire de Noach close,
Lequel de toi nous fit la tempérie.
Sonne le beau mot, je t'en prie,
Qui me doit ôter de misère.
Ainsi ne se perde une goutte
De toi, soit blanche ou soit vermeille.
O Bouteille,
Pleine toute
De mystères,
D'une oreille
Je t'écoute :
Ne diffère.

 

 

La poésie graphique est un langage poétique connu depuis l’Antiquité. Le poète grec, Simias de Rhodes (ive siècle avant J.-C.), aurait été le premier à composer des vers disposés de manière à représenter l’objet qu’ils évoquaient : le dessin et le texte n’étaient pas dissociés mais complémentaires.

Au Moyen Âge apparaissent les carmina figurata (des « vers figurés » ou des « poèmes figurés »). Pendant la Renaissance, ces vers figurés deviennent un genre mondain. François Rabelais s’y adonne avec, notamment, la « dive bouteille ».

LE CALLIGRAMME

Le mot calligramme (du grec kallos : « beauté » et gramma : « lettre, écriture ») est un mot inventé par Guillaume Apollinaire en 1918, à partir des mots calligraphie et idéogramme. Apollinaire s’intéresse dès sa jeunesse aux caractères chinois, et à la coexistence du mot et du dessin (un idéogramme est un signe graphique qui représente un mot, une idée). Le calligramme d’Apollinaire utilise les mots comme un outil ou un objet afin d’offrir, en plus du sens, un dessin typographique immédiatement reconnaissable.

 

L’ACROSTICHE

L’acrostiche est une autre forme poétique qui se compose de telle sorte qu’en lisant verticalement la première lettre de chaque mot, le lecteur découvre un mot « thème », un nom, etc. C’est le cas par exemple du poème « Maria » de Guillaume Apollinaire :

Mon aimée adorée, avant que je m’en aille,
Avant que notre amour, Maria, ne déraille,
Râle et meure, m’amie, une fois, une fois,
Il ne faut nous promener tous les deux seuls dans les bois.
Alors je m’en irai plein de bonheur je crois.

La poésie est sans cesse en renouvellement. Au milieu du xxe siècle apparaît même un courant appelé la poésie sonore qui consiste à utiliser des magnétophones et à travailler grâce à cet outil sur les sons, les sonorités, les répétitions, etc.